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mercredi 6 mai 2015

Les élections générales britanniques révèlent la crise du régime capitaliste

La campagne pour l'élection générale de la Grande-Bretagne le 7 mai a mis en relief la fragilité et l'instabilité du système politique du pays. La crise engloutissant le Royaume uni, la deuxième économie de l'Europe, le troisième marché d'actions du monde et un allié politique et militaire clé de l'impérialisme américain, a des implications majeures pour la politique mondiale.

Les Tories conservateurs au pouvoir sont légèrement en avance sur le Parti travailliste ou à égalité dans les sondages, mais sans suffisamment de voix pour former un gouvernement. Les Libéraux-Démocrates, partenaires de coalition des Tories, craignent un effondrement électoral. A cause de leur propre virage à droite, les travaillistes n'ont pu bénéficier de l'opposition massive aux Tories ; ils doivent chercher des partenaires de coalition pour gouverner.

Le patronat veut les conservateurs au pouvoir pour continuer l'austérité. Cependant, compte tenu de la promesse du Premier ministre David Cameron d'organiser un référendum en 2017 sur la sortie de l'Union européenne, ils craignent qu'une éventuelle alliance entre les conservateurs et l'UK Independence Party (UKIP) se traduise par une "Brexit" (sortie de l'UE). Ceci pourrait être une menace plus fondamentale pour la stabilité du continent que la crise croissante en Grèce.

En même temps, la possibilité que le leader travailliste Ed Miliband cherche le soutien du Parti national écossais (SNP), qui est en posture d'éliminer les travaillistes en Ecosse, soulève le spectre d'un nouvel élan pour l'indépendance écossaise et de l'éclatement du Royaume-Uni.

Aucune combinaison de partis au gouvernement n'est exclue, y compris un gouvernement d'unité nationale rassemblant les conservateurs et les travaillistes. Des universitaires avertissent qu'une deuxième élection est «extrêmement probable» et traitent de « minuscule » la possibilité qu'une nouvelle coalition dure cinq ans.

Le thème commun des commentaires politiques est le risque d'une descente dans l'incertitude politique et la crise.

Selon commentateur, Anatole Kaletsky, «Dans les années à venir, la Grande-Bretagne sera probablement pays de l'Europe le plus politiquement imprévisible."

The Economist évoque une « grande fracturation ». s'inquiétant que « si le système parlementaire vient à être considéré comme à la fois injuste et inefficace, alors il risque une crise de légitimité ».

Il y a des avertissements de délocalisations d'entreprises et d'une éventuelle fuite de capitaux du Royaume-Uni. La grande banque HSBC envisage de délocaliser son siège de Londres par crainte d'une sortie de l'UE. L'entreprise d'investissement Nutmeg réduit ses avoirs en actions britanniques de deux tiers, et les investisseurs américains, qui ont vendu $8 milliards d'actions britanniques avant le référendum écossais de septembre dernier, n'en ont racheté que la moitié depuis.

Aucun commentateur bourgeois ne peut honnêtement s'addresser aux causes sous-jacentes de la crise de régime qui se développe au Royaume-Uni.

Comme avec la Nouvelle Démocratie conservatrice et le PASOK social-démocrate en Grèce, le Parti populaire et le Parti socialiste en Espagne, et l'Union pour un mouvement populaire gaulliste et le Parti socialiste en France, les mécanismes traditionnels à travers desquels la bourgeoisie a gouverné ont été éviscérés en raison de leur imposition de mesures d'austérité draconiennes.

C'est une élection dominée par une question avant toutes autres : le gouffre social grandissant entre une mince couche de super-riches et la grande masse des gens qui travaillent, qui représentent la grande majorité de la population.

Cette semaine, le Sunday Times a remarqué que les super-riches en Grande-Bretagne sont deux fois plus riches qu’ils ne l'étaient en 2009. Les 1.000 personnes les plus riches en Grande-Bretagne valent collectivement £ 547 milliards. Il y a maintenant 117 milliardaires (en livre sterling) basés en Grande-Bretagne.

Cette richesse obscène est le fruit du pillage de la classe ouvrière.

Les conservateurs promettent des nouvelles coupes budgétaires de dizaines de milliards de livres, dont £ 12 milliards de l’aide sociale. Les travaillistes ont promis une « un « verrouillage du plafond budgétaire » qui les obligera à réduire le déficit budgétaire d’année en année.

Le SNP, Plaid Cymru (le parti de Galles) et les Verts se présentent comme des alternatives anti-austérité, cherchant à exploiter l'opposition populaire aux Tories et aux travaillistes. Cependant, ces partis capitalistes ne proposent qu'un rythme un peu plus lent dans la mise en œuvre de l'austérité.

Selon l'Institut des études fiscales, les politiques budgétaires de la SNP sont « essentiellement les mêmes » que celles des travaillistes. Tous ces partis font savoir qu'ils comptent remettre les votes recevront aux travaillistes dans une «alliance progressiste» - en réalité, une alliance de l'austérité - si les conservateurs n'arrivent pas à former un gouvernement.

Le SNP nationaliste et Plaid Cymru et leurs alliés de pseudo-gauche jouent un rôle essentiel dans la division de la classe ouvrière face à l'ennemi commun, en les subordonnant à l'une ou l'autre partie de la bourgeoisie.

Les déclarations publiques des principaux partis sont des mensonges sans valeur, conçus pour masquer leurs intentions. Les calculs qu'ils présentent publiquement sont fondés sur une croissance économique continue alors qu'une nouvelle chute économique se profile.

Un autre fait incontournable de cette élection est la marche vers le militarisme et la guerre.

On fait le silence sur ce danger. Dans un contexte d'exercices navals massifs au large de l'Ecosse, d'exercices aériens au Pays de Galles du Sud impliquant 13 000 soldats de l'OTAN, et le décollage incessant d'avions de combat pour escorter les navires russes en dehors des eaux britanniques, les conservateurs et du travaillistes se rivalisent pour démontrer quel parti sera l'allié le plus fiable des Etats-Unis dans l'escalade du conflit avec la Russie et la Chine.

La campagne électorale a commencé par l'envoi de conseillers et formateurs militaires britanniques en Ukraine et en Syrie. L’un ou l’autre de ces conflits pourrait mettre le feu aux poudres d'une guerre plus large.

Le SNP et Plaid Cymru se présentent comme des opposants au programme de sous-marin nucléaire Trident tout en précisant leur loyauté envers l'OTAN. Comme les Verts, ils veulent voir le développement des forces armées conventionnelles de la Grande-Bretagne.

Le Parti de l'égalité socialiste présente ses candidats Katie Rhodes à Glasgow-Central et David O'Sullivan à Holborn et St. Pancras à Londres. Nous avançons une perspective politique indépendante pour mobiliser la classe ouvrière dans la lutte pour un gouvernement ouvrier engagé à des politiques socialistes, dans le cadre de la lutte pour les États unis socialistes d'Europe et une fédération socialiste mondiale.

Notre campagne électorale a été menée comme une partie intégrante d'une offensive politique internationale pour faire du Comité international de la Quatrième Internationale le « centre international d'opposition révolutionnaire à la résurgence de la violence impérialiste et le militarisme », comme l'explique la déclaration de 3 juillet 2014 du CIQI

La campagne du SEP (Parti de l’égalité socialiste) s’avérera être une étape importante dans le développement d'une nouvelle direction révolutionnaire dans le Royaume-Uni et la construction du CIQI, en tant que Parti mondial de la Révolution socialiste.

Source : WSWS
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dimanche 3 mai 2015

Le capitalisme, la classe ouvrière et la lutte contre la violence policière

Les événements qui ont éclaté à Baltimore, Maryland après le meurtre par la police de Freddie Gray, 25 ans, marquent un tournant politique aux États-Unis. Ce nouvel acte de violence d’État et la mobilisation militaro-policière qui a suivi contre l’éruption de colère sociale ont mis à nu l’énorme fracture de classe en Amérique, la faillite de tout le système politique et l’effondrement des formes démocratiques de gouvernement.

Ces derniers jours, des milliers de personnes ont participé à des manifestations à Baltimore, New York, Philadelphie et d’autres villes du pays. Alors que la violence policière est l’étincelle immédiate, des questions beaucoup plus profondes sont en jeu: le chômage de masse, la pauvreté, la dégradation des villes et des infrastructures sociales, et les niveaux d’inégalité sociale sans précédent.

L’ensemble de la superstructure politique a répondu à l’agitation à Baltimore en soutenant le déploiement de milliers de soldats de la Garde nationale, une branche des forces armées. Baltimore, situé à seulement 65 kilomètres de la capitale de la nation, a effectivement été occupé, des unités lourdement armées étant déployées dans des lieux publics clés de toute la ville, accompagnées de véhicules blindés et d’hélicoptères militaires. Un état ​​d’urgence a été déclaré, et un couvre-feu imposé à tous les résidents.

Les actions à Baltimore interviennent six mois après la répression à Ferguson, Missouri en août dernier, lorsque la ville a été transformée en une zone de guerre en réponse aux manifestations contre le meurtre de Michael Brown par la police. La violence d’État a été répétée plus tard dans l’année, après que les délibérations truquées d’un grand jury ont disculpé le tueur de Brown.

Il est difficile de manquer l'ironie. Le gouvernement des États-Unis, qui mène la guerre partout dans le monde sous le prétexte bidon de défendre la «démocratie» et les «droits de l’homme», s’appuie de plus en plus sur les méthodes de la loi martiale en réponse à la moindre agitation sociale à l’intérieur de ses propres frontières.

Les conditions à Baltimore illustrent l'immense inégalité sociale qui caractérise la société américaine. Dans l'ensemble, la ville est la sixième la plus pauvre du pays. Dans le quartier Sandtown-Winchester où Gray a été arrêté, plus de la moitié de la population en âge de travailler est au chômage, et le tiers des propriétés résidentielles est inoccupé ou abandonné. Un rapport publié par la ville en 2011 a révélé que près d'un tiers de toutes les familles du quartier vit dans la pauvreté.

Pour réglementer cette catastrophe sociale, les policiers ont été armés jusqu'aux dents et ont reçu carte blanche pour terroriser la population. Les arrestations, passages à tabac et harcèlements sont une réalité quotidienne. Un compte-rendu publié par le Baltimore Sun l’an dernier a révélé que la ville a déboursé 5,7 millions de dollars depuis 2011, en réponse à des poursuites judiciaires contre la violence policière. «Les agents ont battu des dizaines de résidents qui ont subi des fractures – de mâchoires, nez, bras, jambes, chevilles – ainsi que des traumatismes crâniens, des défaillances d'organes, et même la mort, le tout suite à des arrestations douteuses», a rapporté le journal.

Bien que la grande majorité de la population de Sandtown-Winchester soit afro-américaine, la division fondamentale à Baltimore – comme dans la société américaine en son ensemble – est celle de classe, non de race. Comme beaucoup de centres urbains, Baltimore est géré par une élite politique dirigeante noire – en l’occurrence la mairesse, le président du conseil de la ville, le chef de la police, le procureur principal et bien d'autres. La moitié des agents de police sont également noirs.

La mairesse de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, qui a mené la charge en début de semaine passée pour dénoncer les jeunes de Baltimore comme étant des «voyous», personnifie une couche de la classe moyenne aisée afro-américaine qui fait désormais partie de l'establishment politique du Parti démocrate et occupe des positions de pouvoir et de privilège. Fille d'un politicien de longue date de Maryland, Rawlings-Blake a travaillé en étroite collaboration avec les riches hommes d’affaires de la ville pour développer et embourgeoiser des quartiers du centre-ville, tandis que d’autres régions, comme l’Ouest de Baltimore, ont été dévastées.

Cela fait maintenant 50 ans depuis la vague de soulèvements urbains qui a balayé les États-Unis à la fin des années 1960, y compris Baltimore et bien d’autres villes, après l'assassinat de Martin Luther King Jr en avril 1968.

Les rébellions des années 1960 ont éclaté alors que le réformisme libéral aux Etats-Unis était à son dernier souffle. Au cours des 50 dernières années, la classe dirigeante est passée à l'offensive en menant un assaut implacable contre les emplois, les salaires et le niveau de vie. L'inégalité sociale a grimpé à des niveaux jamais vus depuis la Grande Dépression des années 1930. Des villes comme Baltimore ont été désindustrialisées, des secteurs entiers de l'économie étant anéantis.

Pour faciliter la guerre contre la classe ouvrière, la classe dirigeante a travaillé délibérément à intégrer une petite minorité de la classe moyenne afro-américaine dans les mécanismes du pouvoir d'État, notamment grâce à des politiques telles que la discrimination positive. Pendant ce temps, les conditions pour la grande majorité des travailleurs et des jeunes afro-américains sont pires aujourd'hui qu'elles ne l'étaient dans les années 60.

Obama lui-même représente l'aboutissement de ce processus. Le premier président afro-américain a supervisé un transfert sans précédent des richesses vers les 1 pour cent les plus riches, une guerre interminable à l'étranger et un assaut sur ​​les droits démocratiques les plus élémentaires. Depuis la crise économique de 2008, des ressources illimitées ont été canalisées vers les banques et Wall Street. Le marché boursier et les bénéfices des grandes entreprises sont à des niveaux record, tandis que le gouvernement a mené l'assaut sur ​​les salaires, l'éducation publique, les soins de santé et les conditions de vie de la classe ouvrière en son ensemble.

Depuis 2009, presque tous les gains de revenus aux États-Unis ont été capturés par les 1 pour cent au haut de la pyramide sociale, les 400 personnes les plus riches du pays contrôlant aujourd’hui l’énorme somme de 2290 milliards de dollars. Plus de 600 milliards de dollars par année sont consacrés au financement du mastodonte de l'armée américaine, mais dans des villes comme Baltimore et Detroit, des milliers de ménages se voient privés d'eau courante, un service de première nécessité de la vie moderne.

Il n'y a aucun mécanisme au sein du système politique qui permette à la grande majorité de la population d’exprimer ses griefs. Les événements ont discrédité tout ce qui a passé pour de la politique «progressiste» ou «de gauche», y compris la politique basée sur la race. C’est précisément ce qui remplit la classe dirigeante de terreur, et explique son recours de plus en plus direct à la force et à la violence.

Les droits de la classe ouvrière ne peuvent être réalisés que par une lutte révolutionnaire, qui rassemble les travailleurs de toutes les races dans un mouvement politique indépendant en opposition aux Partis démocrate et républicain, et au système de profit capitaliste qu'ils défendent.

Le SEP (Parti de l’égalité socialiste) appelle à la mobilisation de toute la classe ouvrière pour défendre les travailleurs et les jeunes de Baltimore. Le même appareil d'État-policier entraîné sur les champs de bataille d’Irak et d’Afghanistan, qui terrorise aujourd’hui la population de Baltimore et a été appelé en renfort pour réprimer les manifestations populaires, est et sera déployé contre toute opposition à la politique de l'aristocratie financière et patronale.

Des réunions et des manifestations de masse devraient être organisées à travers le pays pour exiger l'arrestation immédiate des assassins de Gray, la levée de l'état d'urgence à Baltimore, le retrait de la garde nationale et la démobilisation de la police. Ces revendications démocratiques devraient être liées à un programme qui fait avancer les droits sociaux de toute la classe ouvrière, y compris une redistribution massive de la richesse pour assurer à tous des emplois bien rémunérés, l'accès à l’éducation et des soins de santé.

Rien ne peut être réalisé sans un assaut frontal sur la domination de la société par une aristocratie financière déterminée à défendre ses richesses par la violence et la terreur. Son emprise sur la vie économique et politique doit être brisée par l’établissement d'une société basée sur la propriété publique et le contrôle démocratique des forces productives. Pour mettre en œuvre ce programme, la classe ouvrière doit prendre le pouvoir politique aux États-Unis et à l’échelle internationale.

Source: WSWS
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